Contrairement aux pluies d'étoiles filantes, qui favorisent nettement l'hémisphère nord, les rendez-vous planétaires se jouent partout de la même façon. Une planète à l'opposition l'est pour Montréal comme pour Bruxelles : ce qui change d'un lieu à l'autre, c'est l'heure locale et la hauteur au-dessus de l'horizon, pas l'événement lui-même. C'est ce qui rend ces dates si commodes — elles se notent une fois pour toute l'année.
Il faut d'abord séparer les planètes en deux familles, parce qu'elles ne se laissent pas attraper de la même manière. Mercure et Vénus orbitent entre nous et le Soleil : vues de la Terre, elles restent accrochées à lui et ne s'en éloignent jamais beaucoup. Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune tournent au-delà de notre orbite : elles peuvent donc se retrouver à l'exact opposé du Soleil dans le ciel. Cette différence géométrique commande tout le reste.
Pour les planètes extérieures, le rendez-vous s'appelle l'opposition. La Terre passe entre le Soleil et la planète, qui se retrouve alors à 180 degrés de notre étoile : elle se lève quand le Soleil se couche, culmine vers minuit et reste visible toute la nuit. C'est aussi le moment où elle est au plus près de nous, donc au plus brillant et au plus gros dans un instrument. Une opposition de Jupiter ou de Saturne, c'est la meilleure nuit de l'année pour les regarder — les quatre lunes de Jupiter se voient à de simples jumelles tenues bien calées, et les anneaux de Saturne apparaissent dès la plus petite lunette.
Les oppositions ne reviennent pas au même rythme selon la planète. Saturne, Uranus et Neptune sont si lentes que la Terre les rattrape presque une fois par an : leur opposition glisse d'environ deux semaines chaque année. Jupiter demande treize mois. Mars, elle, est un cas à part : parce que son orbite est proche de la nôtre, il faut environ vingt-six mois pour la rattraper. Ses oppositions sont donc rares, et d'autant plus attendues — la planète devient alors franchement rouge et nettement plus grosse que d'ordinaire.
Pour Mercure et Vénus, l'événement porte un autre nom : la plus grande élongation. C'est le moment où la planète atteint son écart angulaire maximal avec le Soleil, donc où elle sort enfin de sa lumière. Vénus peut s'en écarter de 45 à 47 degrés, Mercure seulement de 18 à 28 selon la géométrie du moment. Le signe de cet écart dit où regarder : à l'est du Soleil, la planète le suit dans son coucher et devient étoile du soir ; à l'ouest, elle le précède au lever et devient étoile du matin.
Mercure est la plus difficile des cinq, et la plus gratifiante à débusquer. Elle ne s'éloigne jamais assez du Soleil pour se montrer en pleine nuit : on la cherche dans le crépuscule, très bas sur l'horizon, dans un ciel encore teinté. Il faut un horizon parfaitement dégagé — pas d'immeuble, pas de colline — et le bon quart d'heure, environ trente à quarante minutes après le coucher du Soleil ou avant son lever. Copernic serait mort, dit la légende, sans jamais l'avoir vue.
Vénus, à l'inverse, est impossible à manquer : c'est l'objet le plus brillant du ciel après le Soleil et la Lune, au point d'être régulièrement confondue avec un avion ou un ovni. Aux alentours de sa plus grande élongation, de simples jumelles suffisent à révéler qu'elle montre des phases, comme la Lune — l'observation qui, faite par Galilée en 1610, a définitivement fait basculer le débat sur le centre du système solaire.
Une règle simple pour distinguer une planète d'une étoile à l'œil nu : les étoiles scintillent, les planètes non, ou beaucoup moins. Une étoile est un point si lointain que la turbulence de l'atmosphère le fait vibrer ; une planète présente un minuscule disque, dont les tremblements se compensent. Si ce point lumineux brille d'un éclat calme et régulier, et qu'il se trouve à peu près sur la ligne que suit le Soleil dans le ciel, c'est une planète.
En astrologie, ces moments ont aussi une lecture. Une opposition met une planète face au Soleil — la même géométrie qu'un aspect d'opposition dans une carte natale : une tension qui demande un équilibre entre deux pôles, ici entre l'identité solaire et ce que la planète représente. La plus grande élongation de Mercure ou de Vénus, elle, marque le point où ces planètes prennent le plus de distance avec le Soleil, juste avant de replonger vers lui : souvent un moment de clarté, où la pensée (Mercure) ou le désir (Vénus) se distingue le mieux de l'ego. Le calendrier céleste de Natalune affiche chaque opposition et chaque élongation à venir, avec le signe traversé et de quel côté regarder.